Realisation
de la fresque des cheminées de Bagnolet . Août 2007
Cheminées
et perles d'eau
par Aicarg.Mag sept. 2007
...
" Bagnolet, été 2007; les sombres cheminées de l'usine
de chauffage SDCB trop connues pour être jusqu'alors un
point de mire pas vraiment flatteur pour un centre-ville, se
sont d'un coup entoilettées d'une robe plutôt originale
: élégance, message et design .
Le thème
retenu sied à merveille dans le ciel de Bagnolet : nuages
éthérés sur un fond en dégradé
gris-bleu et, comme venues perler par tel effet de condensation
thermique, une gracieuse composition de gouttes d'eau pures donne
à l'ensemble ce qu'il faut de faîcheur et de naturel
pour qu'un goëlan et même son ombre puissent venir
s'y fixer en plein vol.
Ce visuel est
une peinture en trompe-l'oeil signé Frederic Gracia, un
artiste connu depuis une quinzaine d'années pour ses fresques
monumentales.
A son actif voici quelques points forts évenementiels
pour le situer : un décor scénographique fluo à
Hong Kong pour Chick Corea en 1986, la réalisation de
la fresque géante du Verseau de J-M Pierret en 1991 sur
la centrale de Cruas en Ardèche, une des plus grande fresque
d'Europe, les enluminures d'une coupole de mosquée au
Turkmenistan en 1995, la fusée européenne Ariane
V peinte sur une toile et accrochée entre le premier et
le troisième étage de la Tour Eiffel en 1993 ou
encore une exposition de son tableau blue world au Palais des
Nations unies à New york en 2000 sur le thème de...
la goutte d'eau .
Mais revenons
à Bagnolet : Nos deux mornes cheminées d'avant
l'été ne respiraient pas, il faut bien le dire,
la fine fleur de l'esthétique urbain...
Mais voilà qu'en deux mois, la métamorphose achevée,
elles sont devenues plus que propres : pures, élancée,
rayonnantes à leur place centrale.
La présence insolite de ces perles d'eau - représentées
avec force 3D et autant de technique hyperréaliste pour
les faire briller - en dit long à l'automobiliste de l'A3
qui ne peut assurément pas les manquer.
.
Ci-dessus L'usine
de chauffage SDCB à Bagnolet avant l'été
2007
Par delà
le rendu esthétique, il y a, c'est vrai, de quoi méditer
sur l'autoroute avec ce sacré symbole. Ces gouttes d'eau
pourtant si banales, sont ici, véritablement sublimées
par leur taille : 1,10 m de diamètre pour la plus grande.
Paradoxe d'ailleurs quand on sait qu'une goutte d'eau, pour qu'elle
puisse conserver physiquement sa sphéricité, doit
tout au plus, avoir un diametre de 3 mm !
Si l'on comprend
sans le moindre doute quels sont ces objets reproduits, il n'empêche
que le pourquoi de leur situation incongrue est une toute autre
question que l'artiste laisse à chacun le soin de répondre
ou d'interprêter.
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Frédéric
Gracia qui n'en est pas à sa première goutte, a,
au fil des années, adopté ou presque institué
cette image comme une quasi-signature, l'incorporant dans la
composition de ses fresques murales ou de ses tableaux. En effet
cette représentation symbolique de l'eau a depuis longtemps
séduit l'artiste peut-être simplement grâce
à ce petit éclat de brillance présent sur
le haut de la goutte, ce point blanc qui va donner à lui
seul toute l'intensité lumineuse.
Mais décortiquons
donc un peu plus cette goutte d'eau; arrêtton-nous, nous
aussi, un instant sur cette vision macroscopique, sur cet objet
si familier de nos salles-de-bains ou de nos pare-brises; concentrons-nous
pour une fois sur sa forme, sa masse, sa lumière à
l'instar de ces chercheurs physiciens qui expérimentent
en laboratoire, sans état d'âme artistique, sa capacité
de résistance, sa déformation à l'impact
sur matériau hydrophobe, sa luminosité interne,
réfractions, reflets, etc...
Focalisons-nous sur cette magie qui s'opère dans le traitement
de ce petit objet rond.
D'abord on peut
noter qu'un rapport symétrique ombre/lumière et
une forme circulaire donnent à sa composition une harmonie
et un rendu très graphique. Une sorte de Yin-Yang des
liquides.
Mais le plus
étonnant, peut-être d'avantage que cette fameuse
brillance apparente, c'est aussi l'illusion du relief convexe.
C'est la zone d'ombre reportée sous la goutte qui va naturellement
la détacher, faire ressortir tout le volume.
Les dégradés intérieurs entre noir, gris,
bleu et blanc vont eux évoquer le phénomène
de reflet du ciel et la transparence de l'eau.
L' effet de volume
intéressent toujours les peintres du trompe-l'oeil. Ils
s'en servent pour doter leurs sujet d'un véritable pouvoir
de fascination.
Claude Yvel,
un des grands maîtres du trompe-l'oeil, inspirateur de
Frédéric Gracia, nous dit : Demandez à quelqu'un
: " Au coin de votre rue, près du marchand de journaux,
qu'est-ce qu'il y a ? " qui répondra " il y
a un banc vert ? ". Les gens ne regardent pas avec plus
d'attention un objet photographié qu'ils ne le regarderaient
dans la réalité. Mais si on prend la peine de le
peindre, l'objet devient fascinant : il passe par une digestion
humaine.
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Concernant
l'exécution, la réalisation du décor in
situ aura duré environ 2 mois; travail ralenti à
plusieurs reprises par le mauvais temps : vent violent et pluie,
ambiance montagne de l'été 2007.
La fixation des points d'accroche pour mousquetons et les minutieuses
préparations du support (le nettoyage haute-pression,
le traitement des parties métalliques et les couches de
fond sont oeuvrés par les soins des alpinistes de Alp'bat, société
spécialisée dans les travaux à grande hauteur)
touchent à leur fin le 19 juillet 2007. Les cheminées
sont enfin prètes à s'orner de leur parure. La
toile apprêtée attend sur le chevalet et le peintre
peut préparer ses couleurs , caler ses teintes comme on
dit dans le jargon - et en quantité suffisante car il
y a de la surface...
La technique
de cordiste employée par Frédéric Gracia,
consistant à se suspendre et travailler sur corde, s'avère
totalement adéquate pour ce type de bâtiment. Adapté
aussi parfaitement, le thème du visuel.
Les expériences variées et multiples des grandes
fresques - comme l'aéroréfrigérent de Cruas,
hauteur 155m - ont permis à ce peintre acrobatique d'être
parfaitement à l'aise avec le vide, rendant l'execution
de son travail artistique tout à fait exceptionnel.
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Maquette
en main, jour après jour, guidé par talky-walky
et jumelles, aide précieuse pour se positionner le plus
précisément possible sur la paroie, l'artiste dépose
une à une ses perles d'eau, compose ses chapelets et nuances,
ses nuages aux emplacements mûrement prévus depuis
le sol.
Une cheminée
puis l'autre, les semaines et les descentes en rappel se succèdent
et puis un jour, on peaufine le dernier nuage, on fait briller
l'ultime goutte.
En bas, le passant de Bagnolet ne s'étonne plus, ne s'arrête
même plus : il est conquis : Aujourd'hui c'est une évidence,
ces deux cheminées font bel et bien honneur au ciel de
Bagnolet ."