Peinture monumentale

L'ART AU SERVICE DE L'INDUSTRIE

Cheminées de chauffage et perles d'eau
Bagnolet (93)

    

 
 

Titre : "les perles d'eau"

Année de réalisation : 2007

Hauteur : 52 m

Superficie : 1150 m2

Client : SDCB

Conception-réalisation :
Frederic Gracia

                            
peinture monumentale
 
 
Les cheminées de chauffage de la Société SDCB ont, depuis leur construction, une place omniprésente au coeur de Bagnolet (93). Il faut dire qu'on pouvait difficilement cacher cinquante deux mètres de verticalité surmontés (parfois) de fumée.

A leur pied, l'usine de chauffe, morne architecture grise, rouge, métallique, alimentant (quand-même) en chauffage durant huit mois de l'année, les villes de Bagnolet et Montreuil.

Tout cela ne pouvait respirer, on s'en doute, la fine fleur de l'esthétique: le quartier, la ville même supportait telle une disgrâce cette fatalité urbaine, acceptait cette image industrielle peu flatteuse où le "il fait bon vivre à Bagnolet" pouvait sembler osé.

Avec les années les deux cheminées étaient devenues sombres puis noires, patinées par endroit de touches de rouille du plus bel effet (zones horizontales oxydées correspondant à quelques cerclages métalliques vieillissant de l'intérieur).

Lorsque le projet de repeindre enfin ces deux cheminées a été envisagé, il parut presque évident de travailler aussi sur la recherche d'un décor à réaliser par dessus le ravalement.

La remise à neuf des édifices ne pouvait donc s'arrêter sur un fond neutre: il eu été tellement dommage de ne pas profiter de l'élan.

L'idée de peinture monumentale était lancée.
 
 
peinture monumentale avant après

Avant                                                                                      Après

Gilles Guiniot et sa société Alp'bat, entreprise de travaux de grandes hauteurs et d'accès difficiles avec laquelle j'avais déjà collaboré (à Meudon-la-Forêt pour d'autres cheminées)  me rallie au projet et je présente donc plusieurs maquettes tentant de trouver une "valorisation" ou du moins une personnalisation la plus sobre possible pour ces deux tours.

Un thème orienté vers un symbole écologique fut assez vite sélectionné pour contrebalancer en quelque sorte le côté polluant, faire oublier la collante réputation de l'usine.

La sobriété du thème pouvait permettre une métamorphose radicale et on pouvait imaginer grâce à leur plastique minimale, un concept moderne, presque design.

Et les gouttes d'eau - naturellement - furent choisies.
 
 
 

 
 
On décida pour le fond d'un dégradé de gris-bleus. Ces couleurs sélectionnées sur nuancier, correspondent à la teinte de notre support: un mixe de gris-béton et de bleu-ciel.

Cette neutralité chromatique a l'avantage de se situer sur la gamme, à peu près à mi-chemin entre le blanc et le noir de telle sorte que ces deux couleurs (le noir et le blanc) employées pures vont ressortir avec force intensité et contraste sur ce fond neutre.

Les dégradés de noir et de blanc à l'intérieur de chaque goutte ainsi que l'ombre reportée amènent l'illusion de volume. Le point blanc pur situé au milieu de la partie noire offre à la goutte sa brillance.
Une zone de reflet clair est située à l'extérieur du cercle, dans la partie ombrée pour illustrer le cheminement de la lumière au travers de la goutte d'eau.
 
 
 


AICARG MAG Sept 2007
 
Frédéric Gracia qui n'en est pas à sa première goutte, a, au fil des années, adopté ou presque institué cette image comme une quasi-signature, l'incorporant dans la composition de ses fresques murales ou de ses tableaux. En effet cette représentation symbolique de l'eau a depuis longtemps séduit l'artiste peut-être simplement grâce à ce petit éclat de brillance présent sur le haut de la goutte, ce point blanc qui va donner à lui seul toute l'intensité lumineuse.
 
Mais décortiquons donc un peu plus cette goutte d'eau; arrêtons-nous, nous aussi, un instant sur cette vision macroscopique, sur cet objet si familier de nos salles-de-bains ou de nos pare-brises; concentrons-nous pour une fois sur sa forme, sa masse, sa lumière à l'instar de ces chercheurs physiciens qui expérimentent en laboratoire, sans état d'âme artistique, sa capacité de résistance, sa déformation à l'impact sur matériau hydrophobe, sa luminosité interne, réfractions, reflets, etc...
 
Focalisons-nous sur cette magie qui s'opère dans le traitement de ce petit objet rond.
 
D'abord on peut noter qu'un rapport symétrique ombre/lumière et une forme circulaire donnent à sa composition une harmonie et un rendu très graphique. Une sorte de Yin-Yang des liquides.
 
Mais le plus étonnant, peut-être d'avantage que cette fameuse brillance apparente, c'est aussi l'illusion du relief convexe.
 
C'est la zone d'ombre reportée sous la goutte qui va naturellement la détacher, faire ressortir tout le volume.
 
Les dégradés intérieurs entre noir, gris, bleu et blanc vont eux évoquer le phénomène de reflet du ciel et la transparence de l'eau.
 
L’effet de volume intéressent toujours les peintres du trompe-l’œil. Ils s'en servent pour doter leurs sujets d'un véritable pouvoir de fascination.
 
Claude Yvel, un des grands maîtres du trompe-l’œil, inspirateur de Frédéric Gracia, nous dit : Demandez à quelqu'un : " Au coin de votre rue, près du marchand de journaux, qu'est-ce qu'il y a ? " qui répondra " il y a un banc vert ? ". Les gens ne regardent pas avec plus d'attention un objet photographié qu'ils ne le regarderaient dans la réalité. Mais si on prend la peine de le peindre, l'objet devient fascinant : il passe par une digestion humaine".
 
 
 
 

Concernant l'exécution, la réalisation du décor in situ aura duré environ 2 mois; travail ralenti à plusieurs reprises par le mauvais temps : vent violent et pluie, ambiance montagne de l'été 2007.
 
La fixation des points d'accroche pour mousquetons et les minutieuses préparations du support (le nettoyage haute-pression, le traitement des parties métalliques et les couches de fond sont oeuvrés par les soins des alpinistes de Alp'bat, société spécialisée dans les travaux à grande hauteur) touchent à leur fin le 19 juillet 2007. Les cheminées sont enfin prêtes à s'orner de leur parure. La toile apprêtée attend sur le chevalet et le peintre peut préparer ses couleurs, caler ses teintes comme on dit dans le jargon - et en quantité suffisante car il y a de la surface...
 
La technique de cordiste employée par Frédéric Gracia, consistant à se suspendre et travailler sur corde, s'avère totalement adéquate pour ce type de bâtiment. Adapté aussi parfaitement, le thème du visuel.
 
Les expériences variées et multiples des grandes fresques - comme l'aéroréfrigérant de Cruas, hauteur 155m - ont permis à ce peintre acrobatique d'être parfaitement à l'aise avec le vide, rendant l'exécution de son travail artistique tout à fait exceptionnel.

 
 

Maquette en main, jour après jour, guidé par talky-walky et jumelles, aide précieuse pour se positionner le plus précisément possible sur la paroie, l'artiste dépose une à une ses perles d'eau, compose ses chapelets et nuances, ses nuages aux emplacements mûrement prévus depuis le sol.
 
Une cheminée puis l'autre, les semaines et les descentes en rappel se succèdent et puis un jour, on peaufine le dernier nuage, on fait briller l'ultime goutte.
 
En bas, le passant de Bagnolet ne s'étonne plus, ne s'arrête même plus : il est conquis : Aujourd'hui c'est une évidence, ces deux cheminées font bel et bien honneur au ciel de Bagnolet ."
 
(Aicarg.Mag. sept. 2007)
 
 

 





 

 












Dans un sceau accroché à une corde: mes brosses, une par couleur, crayon et ficelle qui me servent de compas, et puis ma peinture (les teintes sont réparties dans des petits pots).

Je fais suivre ce matériel qui coulissera sur une corde à part au fur et à mesure de ma descente grâce à un shunt auto-bloquant.
 

 












Assurance technique:

deux cordes statiques indépendantes reliées en V à mon harnais par 2
descendeurs spéleo autobloquants.

Cette technique en V sert pour les déplacements latéraux.

Une troisieme corde, dynamique, reliée par un
shunt, sur laquelle vient aussi coulisser mon materiel de peinture est une troisieme assurance.

On n'est pas trop loin du risque 0.
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Avant de quitter mon emplacement sur la paroi, faut que je sois sûr : on me confirme par radio que la forme du nuage ou la goutte que je viens de peindre est bien conforme à la maquette, pas d'anomalie.

Si besoin, il sera toujours possible de remonter de quelques mètres à la
poignée Jumar - c'est à dire à la force des poignets - mais autant économiser ses muscles ...

















Un albatros et son ombre reportée sur l'autre tour sont également bienvenus dans le concept hyperréaliste, sujet vivant et dynamique qui participe à l'effet 3D.