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" La froideur de l'hyperréalisme ...
La vraisemblance
est parfois poussée tellement loin qu'elle produit sur
le spectateur un effet de malaise. Mais ce malaise est surtout
dû au fait que les uvres hyperréalistes ne
sont ni émouvantes, ni touchantes - seulement "vraies".
L'hyperréalisme exprime par son regard clinique, dénué
de sensations émotionnelles, une observation souvent acerbe
de notre civilisation. Le réel est examiné minutieusement,
passé au microscope, puis rendu par une image dans toute
sa froide efficacité.
Reproduire le réel, ou plus exactement reproduire une
photographie, ne se fait pas sans quelques défauts dus
à l'introduction de la main de l'homme. Ce ne sont d'ailleurs
pas des défauts à proprement parler, puisque c'est
en partie grâce à ces nuances entre la photographie
et la peinture finale que les uvres hyperréalistes
sont souvent frappantes.Le décalage observé par
le spectateur l'interroge alors sur sa perception du réel.
Et justement, la vraisemblance des uvres hyperréalistes
nous laisse souvent l'idée que la photographie, répandue
et fortement usitée de nos jours, nous a justement imposé
son mode de perception.
Les relations entre la photographie et les uvres hyperréalistes
sont à mettre en parallèle avec les théories
sémiotiques de Charles S. Peirce, qui définit trois
types de signes: le premier est l'index ou indice, prélevé
du monde, dans lequel on peut alors classer la photographie en
tant que trace de ce qui a été; le deuxième
est l'icône qui ne garde de l'original qu'une similitude,
n'est associé à son référent que
par analogie - parmi ces signes, la peinture; le troisième
est le symbole, dont le rapport avec la chose n'est que purement
arbitraire.
L'artiste hyperréaliste, en tant que peintre, crée
des icônes. Cependant, il les crée de façon
à ce qu'elles ressemblent le plus possible à l'index.
La nature indiciaire entre la photographie et son référent
semble aisée à réaliser - et la photographie
est désormais reconnue comme une technique accessible
à tous. Mais ce que tentent d'exprimer les artistes hyperréalistes,
c'est que justement cette réalisation n'est pas évidente,
voire même fastidieuse. L'introduction de la main de l'homme
entre le signifié et le signifiant n'est pas évidente
à mettre en uvre.
Et, en même temps, le résultat est frustrant. Le
malaise ressenti face à une toile hyperréaliste
est justement dû à ce manque d'émotion. Le
problème n'est donc plus de saisir l'importance de la
main de l'homme dans une uvre, puisque l'émotion
ne vient pas de là. " |
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